Interview : Le Personal Branding c’est du dépouillement, pas du packaging

Un titre un peu provocateur ?
Peut-être. Pourtant c’est notre vision du sujet !
Stop aux idées reçues… Le Personal Branding ce n’est pas du packaging ou une façon de se masquer pour obtenir l’attention des autres. Tous ceux qui l’ont vécu – vraiment vécu – vous le diront : c’est un vrai retour à l’essentiel.

Voici l’interview de Béatrice Cuvelier par une journaliste de Monster.com, qui pourrait vous surprendre !

Plus de sens et donc d’authenticité, moins de visibilité à tout prix, c’est tout l’enjeu d’une démarche de développement de sa marque personnelle

Le Personal branding, tel qu’il a été introduit par le spécialiste du management Tom Peters, a vingt ans cette année. Ça se fête en tournant les projecteurs vers la part du concept habituellement laissée dans l’ombre : la connaissance de soi. Du Personal branding, on a beaucoup retenu l’idée de marque – brand –, et donc de visibilité, moins celle de mise en action que suppose le branding et qui commence par un cheminement à l’intérieur de soi.

L’identité numérique représente 5 à 10% de la marque personnelle, c’est tout

Le boom des réseaux sociaux nous a rendus demandeurs de visibilité sur Internet. « Mais le Personal branding ne se limite pas à la question de l’identité numérique, qui ne représente que 5 à 10% de la démarche », pointe Béatrice Cuvelier. Comme la notion de marque peut générer des résistances chez nous autres Français, cette pionnière du Personal Branding francophone préfère parler de « touche personnelle à incarner au quotidien », et nous encourage à « prendre conscience de ce « truc » qui vient de l’intérieur de soi et que l’on dégage ».

Transformer ce qui nous différencie en projet personnel

Sans cela, les efforts déployés pour nous démarquer nous font parfois ressembler à, par exemple, une boîte de chocolats posée sur l’étalage : joliment emballée mais inanimée. Un produit parfaitement conditionné ne se demande pas ce qu’il va faire de sa vie, un individu, si. Qu’il s’agisse de trouver un emploi ou un client – quelle que soit la quête –, le Personal branding aide à trouver, en soi, la réponse. « Ce « truc » qui nous rend différent et unique n’est pas là par hasard, il a du sens. Il s’agit de le transformer en projet personnel plutôt que de définir son projet à partir de son besoin comme on le fait la plupart du temps », poursuit Béatrice Cuvelier. Une fois clarifié ce point, la démarche de Personal branding ne pèse plus comme une sorte d’obligation à faire son auto-promo permanente. « Le jeton tombe à un moment. On prend conscience que quelque chose descend du mental au sensible et s’articule naturellement sans qu’il soit besoin d’en faire des tonnes. Il n’est pas possible de développer sa marque personnelle sans prise de conscience de ce qui nous rend unique », ajoute-t-elle.

Une alternative aux discours dominants et aux modes

Vous entendrez dire tous les jours qu’il faut être visible partout pour trouver un job. Et vous multiplierez vos identités numériques pour augmenter vos chances d’être repéré, sans avoir répondu au préalable aux questions de fond. Si l’on s’en tient à la seule question de la présence numérique, cela commence par se demander si l’on a envie d’être sur ces réseaux, pourquoi et pour quoi faire. « Nos environnements ont un projet pour nous, alors on se raconte des histoires qui nous éloignent de la réalité qui nous anime », souligne notre interlocutrice.

D’autres regards sur nos angles morts

Se questionner seul est difficile car « nous sommes bourrés d’angles morts ». Pour un effet miroir efficace, allez vers les personnes dites « ressources », professionnels, membres de votre réseau ou proches, qui savent écouter au lieu de plaquer sur vous leurs modes de pensée et leurs peurs. Et faites de l’écrit un allié, pour consigner par exemple les cinq choses positives ou anodines du jour. Cette routine aide à tracer sa pensée, ses actions mais aussi, à être observateur de soi-même.

Se dépouiller des masques, des croyances, des formatages

Contrairement à ce qu’on croit, le Personal Branding ne pousse pas au packaging, il pousse au dépouillement. « On se dépouille des masques, des croyances, des formatages, des personnes nocives qui nous polluent (qu’on en soit conscient ou pas vu qu’on se sur-adapte), des styles vestimentaires, etc., explique Béatrice Cuvelier. Les réponses sont à aller chercher en soi, pas dans l’ego qui a tout le temps faim et soif ». On ne parle pas de réponses immédiates. La vie amène des rencontres, des opportunités, des tests, des jobs qui se présentent et ne conviennent pas complètement. Commencer par dire ce qu’on ne veut pas aide d’ailleurs à répondre.

Nourri de l’intérieur, on vient donner plutôt que demander

Plus on se connaît, plus on arrête de se raconter des histoires qui ne tiennent pas la route et rendent bancales nos démarches, ce qui aide à vivre des situations comme la recherche d’emploi. « Nourri de l’intérieur, on vient donner, apporter des solutions plutôt que demander », constate-t-elle. Et si l’on se démarque, c’est parce qu’on diffuse quelque chose d’authentique (on joint le geste à la parole), parce qu’on est présent à ce qui se passe (à son travail, son projet, son interlocuteur…) plutôt qu’en représentation ou en vitrine.

Sophie Girardeau

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